Le Ventoux c'est déjà l'Everest!

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Le Ventoux c'est déjà l'Everest!

Message  R2 le Mar 24 Mai - 14:17

Voici un petit reportage sur la Beaumes Ventoux 2011. Des fois que certains seraient tentés!

C’est par un temps radieux que j’arrive à 7H15 à Beaumes de Venise. Pas de stress sur le parking il y a de la place. JF, alias le président, ne tarde pas avec Marc et Christine. Une fois équipés nous partons faire tourner les jambes avant le départ. Une fois dans le sas les discussions me font presque oublier mon manque de foncier et mon appréhension. C’est donc serein que je m’élance dans le paquet vers 8h35 avec mes petits camarades.
La tactique de course est simple : en garder sous le pied jusqu’à Malaucène, car je n’ai jamais grimpé le Ventoux… Je me dis qu’près ça ira, une fois passé la grosse bosse.
Je la joue cool dans la Roque Alric, alors que le président déroule comme à son habitude, une participante a visiblement trop forcé car son petit déjeuner est sur le retour. Il fait bon, je suis dans le peloton même si on me dépasse beaucoup, bref jusqu’ici tout va bien. Il en ira ainsi jusqu’à Suzette ou je donne un peu avec réserve, mais on parle avec les concurrents et l’ambiance reste bon enfant.
Le Président en a profité pour faire le break léger, car les grimpettes il aime. Dans la descente vers Malaucène, je sens que je peux prendre un peu d’avance car contrairement au grimpeur je prends du plaisir à rouler vite sans forcer !
Bien m’en a pris car à partir de Malaucène je sais à peu près ce qui m’attend. Je n’ai pas réussi à monter deux semaines auparavant pour cause de développement inadapté à mon gabarit et à mon niveau. Je mouline comme à la pêche et j’attends. C’est Marc l’invité surprise qui revient en premier à ma hauteur, le temps de quelques changes il file vers le sommet. Tant mieux pour lui !
Le boss ne tarde pas à se manifester après 5 km environ d’ascension, je savais bien qu’il reviendrait et je ne fais l’erreur de vouloir lui prendre la roue. Je le laisse donc tout à son plaisir de ramasser des billes. Petit à petit la partie de manivelles commence à devenir difficile, la pente est 5 puis 9 puis 12 pour cent… Je commence à avoir mal. Je n’ose pas relever la tête vers le haut et je préfère me concentrer sur ma respi. Quand même c’est long ! Cela fait déjà une heure depuis Malaucène et il reste environ 15 km. Je passe encore bien le Belvédère, mais je suis de moins en moins serein.
Je ne sais plus ou j’en suis car je sens la sur ventilation arriver. J’essaye de rester lucide et décide de m’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Je m’arrête sur le côté droit pendant 3 mn. Tant pis pour le chrono, de toute façon pour une première ce n’était pas l’objectif. Je repars comme un boulet incapable de rechausser et je dois me remettre dans la pente. Après la pause cela va mieux et je rattrape quelques uns qui m’ont doublé. Mais le mauvais temps revient et les quadriceps commencent à surchauffer, je sens, déjà, les crampes menacer. Ma lenteur est hallucinante je tombe à 7.8 km ! Pas moyen de faire mieux pour espérer aller au bout. Mais pourquoi ils ne font pas plus que 29 chez Campagnolo ! A partir de là je m’en veux d’être venu : quel touriste. Je me parle donc à voix haute pour me motiver. Je suis barré. Mais j’arrive tant bien que mal au replat du mont Serein au bout d’une heure 28 d’ascension.
Je suis rasséréné mais cela ne va pas durer, en rentrant dans la forêt les quadri font tilt ! Arrêt obligatoire : tant pis. Un camarade de souffrance choisit de s’allonger à côté de son Pinarello et il bégaye « crampes », car il n’est pas Français. Il me souhaite bon courage et nous repartons dans le dur. Et c’est long, et ça dure, je me demande si cela finira un jour. Je réalise que si l’enfer existe, il doit ressembler à cela.
Je puise dans mon mental comme jamais et je m’accroche. J’ai décidé de ne pas lâcher maintenant, en tout cas, plus tard peut être.
On arrive enfin dans les cailloux et je me dis que ça va peut être allé mieux. Rien n’y fait. Alors je regarde les autres. Plus personne ne parle depuis longtemps et je vois que nous sommes tous ivres à louvoyer et à pédaler carré. Ca ne m’aide pas pour autant. Je passe alors en mode Zombie. Je suis hors du temps et ma vie n’est qu’une douleur. J’attends les panneaux avec tristesse 8, 6 km et quand je vois le 2km je décide de faire une nouvelle pause (la 3eme) en espérant que ce soit la dernière. Je m’arrête côté gauche pour m’asseoir sur le bois, en me faisant houspiller par un cyclo qui descend et à qui j’ai fait peur visiblement. Je repars, pour changer j’ai mal ! Je me dis que 2 km c’est rien et en fait j’ai l’impression que le temps est infini, je pensais que 2H10 suffirait et cela ne sera pas le cas.
J’avance toujours en essayant d’être régulier. Encore un virage puis deux puis trois et enfin j’aperçois le ravito mais les 100 derniers mètres sont un cauchemar.
J’arrive à descendre du vélo et à le poser. Je lâche un juron mais mon collègue du moment est Anglais alors je traduis. Enfin les oranges, le ravito en eau. Je casse croûte assis avec du pain et du fromage. Alors que je repars, je croise Christine qui comme moi a souffert des reins dans la montée.
Je vais mieux et me sens lucide pour dévaler la pente. J’ai bien fait de remettre les manchettes car il fait froid à 50 km/h . Le compteur ira jusqu’à plus de 75 km/h, mais sans risque outrancier car j’ai bien l’intention de ne pas rentrer avec l’ambulance. Sur la première partie j’ai doublé quelques coureurs. Après la bifurcation je me retrouve seul dans la partie technique. Je suis hyper concentré car je ne connais pas le tracé, je me félicite d’avoir monté les patins neufs d’origine FSA : je freine tard.
Enfin je sors de la forêt et malheureusement après l’intensité de la descente les jambes se rebellent à nouveau. La chaleur à l’approche de Bédouin me fait du bien, mais je suis collé à 12 km/h .. ..
Alors j’attends et petit à petit je rallonge. Je me fais rattraper, mais un une roue providentielle d’un colosse de 1.95m me dépanne. Nous sommes à 8 km du but. Il fait tout le boulot à 40/45 km/h. Au dernier carrefour vers Beaumes je repasse devant pour donner 31 km/h péniblement, il me tire donc une nouvelle fois et nous revenons sur un groupe de trois. Après Saint Hyppolite je sens du mieux et je repasse devant pour nous ramener sur le groupe. Arrivés dans le centre ça devient bon encore deux virages et nous y sommes. Le colosse me remercie après la ligne de l’avoir aidé, un comble !

J’ai beaucoup souffert mais je suis satisfait avec les 4h45 et mon diplôme. C’est certain qu’il va falloir revoir la prépa si je dois y retourner à l’avenir pour prendre un petit peu plus de plaisir.

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